Interview d’Andy House

0 0

Plus que deux jours à attendre avant la sortie européenne du système PlayStation Vita; j’espère que vous avez les pouces qui frétillent d’impatience à l’idée de mettre la main dessus et de profiter des titres de lancement les plus ébouriffants de toute l’histoire de PlayStation.

Andy House, président et PDG de Sony Computer Entertainment, a joué un rôle dans cette histoire. Nous avons discuté récemment de la vie au Japon, de la sortie imminente du système PlayStation Vita et de ce nouveau membre de la famille PlayStation que toute la profession est fière d’accueillir.

In Pictures: PlayStation Vita Launches In Japan 17

C’est la seconde fois que vous travaillez à Tokyo. Comment le marché japonais du jeu vidéo a-t-il évolué dans l’intervalle ?

La première fois, c’était il y a 15 ans et la situation a radicalement changé. Cela dit, il est intéressant de voir qu’une chose est restée identique : on constate toujours des pics de ventes d’un système donné suite à la sortie d’un unique jeu d’envergure. À mon avis, le Japon est, des trois, le marché le plus dépendant des contenus.

Autre différence notable : les habitudes des joueurs japonais semblent s’être modifiées. Au cours des quatre ou cinq dernières années, les consoles portables semblent avoir volé la vedette aux consoles de salon et les ventes de PSP ont devancé celles de PlayStation 3.

Je suis en contact avec de nombreux éditeurs et développeurs et, pour être franc, je ne crois pas que quiconque ait vraiment compris les causes de cette tendance. La créativité des développeurs travaillant sur consoles portables est un facteur, mais je ne pense pas que ce soit le seul. On peut éventuellement évoquer un style de vie qui évolue : les gens passent plus de temps qu’avant dans les transports en commun.

Nous avons, bien sûr, largement profité de cette tendance ; les ventes de PSP ont été fabuleuses et continueront de l’être, même après l’apparition d’un nouveau système sur le marché.

L’Europe attend-elle avec impatience la sortie de la PlayStation Vita ?

Je crois que ce système suscite beaucoup de curiosité, au moins parmi les passionnés. En Europe, notre objectif consiste à étendre cette curiosité aux autres joueurs et, dans une certaine mesure, aux joueurs plus jeunes que ceux ciblés par la PSP lors de sa sortie. J’ai constaté avec satisfaction que les adolescents sont très attirés par la PS Vita, ce qui laisse présager de bonnes surprises.

À peine sortie, la PSP s’est remarquablement bien vendue, contrairement aux consoles de salon dont les ventes ont mis du temps à décoller. Quel est votre objectif pour la PS Vita ?

Cela dépend, à mon sens, de la console de salon. La montée en puissance de la PlayStation 2 a été spectaculaire, tandis que la PS3 s’est imposée plus progressivement, notamment parce qu’il s’agissait d’une proposition de valeur plus complexe. Pour être tout à fait franc, le prix élevé a constitué un handicap lorsqu’on compare la PS3 à la PS2.

La PSP a connu un démarrage fulgurant, car nous lui avons intégré tout ce qui avait fait la réussite du système plébiscité à l’époque, la PS2. Depuis, nous avons compris qu’il était nécessaire de proposer des expériences conçues expressément pour un système portable : alors la magie peut vraiment opérer.

La PSP s’est positionnée comme un appareil multimédia, beaucoup plus que la PlayStation Vita qui propose pourtant les mêmes fonctionnalités multimédia, comme la lecture de musique et de vidéos. Quelle est la raison de ce choix ?

À l’heure actuelle, les gens prennent ces fonctionnalités pour acquises, de même que la possibilité de communiquer avec ses amis, quel que soit l’appareil portable. Du point de vue du positionnement marketing, il est vital que nous présentions la PS Vita comme un système de jeu : c’est son argument de vente clé et la raison principale pour laquelle les premiers acheteurs s’y intéresseront.

Cela étant dit, j’espère sincèrement que les capacités supplémentaires de ce système – comme la lecture de médias ou la connectivité via Facebook, Twitter et foursquare – seront autant de bonnes surprises pour les joueurs lors de leur première utilisation du système PS Vita.

Aurons-nous droit à d’autres applications sans rapport avec les jeux ?

Le système a beaucoup de potentiel dans ce domaine : il en sortira d’autres lorsque nous cernerons mieux les attentes de notre public. Pour le lancement, nous avons cherché à répondre aux exigences principales dans des domaines tels que les réseaux sociaux avec Twitter, Facebook, Skype et foursquare et à nous assurer que ces applications étaient bien conçues, bien intégrées et disponibles dès le premier jour.

Nous poursuivons nos recherches, notamment avec la connectivité 3G, afin d’offrir des jeux et des activités encore plus ancrés dans l’instant présent. C’est un domaine important pour nous.

Dans quelle stratégie s’inscrit la vente en magasin, puisque tous les jeux seront disponibles en téléchargement, même si certains titres seront également disponibles sur cartes PlayStation Vita ?

Nous nous efforçons de produire un modèle qui plaise le plus possible aux consommateurs. Avec le système PlayStation Vita, nous proposons de télécharger des jeux en toute simplicité, de façon logique, tout en concédant qu’il est plus pratique d’acheter sur support physique les jeux les plus lourds, ce qui est possible grâce aux cartes PlayStation Vita.

Nos clients nous ont affirmé qu’ils ne pouvaient pas se passer de ces deux options : ils apprécient la rapidité et la facilité d’accès des médias flash, mais ils n’ont pas forcément envie de transporter des tas de jeux en plus du système.
Nous essayons de répondre à ces deux demandes, bien qu’elles soient légèrement contradictoires.

De ce point de vue, les prix prendront-ils en compte le fait que les clients s’attendent à payer moins cher les versions numériques que les versions sur support physique ?

Nous avons le même point de vue sur la question : les versions téléchargeables des jeux seront moins chères. À nous maintenant d’évaluer la différence de prix.

Nous entretenons d’excellents rapports avec nos détaillants, qui ont beaucoup à gagner si le système PlayStation Vita est un succès, et il faut que cela continue, mais nous avons compris que les jeux numériques devaient impérativement être vendus moins cher étant donné qu’ils permettent d’économiser le coût d’emballage et tous les coûts liés à la vente de copies physiques.

À votre avis, qu’est-ce qui différencie un bon jeu portable d’un bon jeu sur système de salon ?

Je pense qu’un jeu portable doit avoir fait l’objet d’un développement spécifique ; l’une des forces du système PS Vita est son interface, qui se prête justement à ces fonctionnalités.

Il est possible d’interagir avec certaines franchises comme jamais cela n’a été possible avec un système de salon. Je pense que c’est là ce que recherchent nos clients : une expérience de jeu sur mesure, la qualité PlayStation et un écran OLED d’une beauté stupéfiante.

L’intégration de toutes ces possibilités d’interaction avec le système a permis aux développeurs d’exprimer toute leur créativité.

Les développeurs ont évolué : on voit apparaître des équipes plus petites, mais qui remportent un grand succès malgré des délais de développement plus courts. Quelle sera votre approche pour le système PlayStation Vita et, plus généralement, pour votre société tout entière ?

Tout d’abord, nous avons créé un environnement de développement beaucoup plus accessible que pour nos plateformes précédentes. Cela facilite l’expérimentation et, si l’on ajoute à cela les particularités du marché de la distribution numérique, comme la disparition de stocks physiques, nous avons simplifié la tâche des développeurs tout en les poussant, je l’espère, à plus d’expérimentations et de prises de risque.

Le PlayStation Suite s’inscrit dans cette optique : à mon sens, il s’agit d’une initiative prise en parallèle du développement de la PS Vita. C’est un environnement de développement très peu onéreux qui offre, par extension, la possibilité d’accéder immédiatement à une large gamme d’appareils Android qui ne cesse de s’étendre, ainsi que la liberté de créer des contenus compatibles ou non avec le système PS Vita. Le PlayStation Suite est essentiellement un moyen supplémentaire de fournir des contenus PS Vita à un plus large éventail de développeurs, de façon plus souple et plus rapide.